L’illumination, là où tout commence

30 octobre 2018



Clairement, je te mentirai si je te disais que créer un blog professionnel avait été une évidence. A l’origine, j’étais davantage destinée à des métiers - plus basiques - de bureau. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis tout d’abord dirigée vers un cursus juridique au sein d’une faculté de Droit. Enfin, ce n’était pas la seule raison, loin de là. C’est surtout mon amour pour la plus belle valeur du monde selon moi - la Justice. C’est elle qui a motivé mon choix. Jeune, Antigone à la main, je rêvais de défendre la veuve et l’orphelin, j’avais envie d’être utile, d’apporter la solution au problème, d’être celle qui aurait pu se battre corps et âme pour défendre des personnes victimes des pires crimes et délits, celle qui aurait fait pansement aux petits et gros bobos. Je voulais vouer ma vie à la Justice. 

Dans mon esprit, la notion d’utilité excluait tous les métiers créatifs que j’estimais « non indispensables » et futiles, qui pourtant nourrissait tant mon existence. Cette créativité, je l’ai étouffée, je l’ai assassinée. Et pourtant, si je remonte à l’enfance, je n’avais d'yeux que pour cela, créer. Et pour ne rien te cacher, j’étais plutôt douée, notamment en dessin. J’étais souvent sur le podium des meilleures créations à l’école. Mais l’avis des autres m’importait peu, à la première comme à la dernière place, j’aimais ça. C’était comme une source d’éveil pour moi, la petite fille discrète et timide toujours pensive qui vivait toujours dans sa bulle. Et bien ce petit cocon bien douillet, je me le suis enlevé, pour être comme les autres, pour être avec les autres. Éclatant la bulle pour construire une carapace aussi solide que fragile, toutefois jamais sans trop d’audace, j’ai su me confronter à la plupart des menaces.



Au début, le Droit me plaisait énormément. Je trouvais la plupart des enseignements très intéressants, enrichissants. Le temps passant, je me suis aperçue que je ne me voyais pas du tout avoir une carrière juridique. Pourquoi ? Car le Droit est grave, car il laisse selon moi peu de place à l’imagination, à la créativité, au fun. Et ma vie, je la vois comme ça. Libre de rêver, libre de créer. Cette stimulation intellectuelle, cette liberté, cette fantaisie que je critiquais, jugeant qu’elle manquait de sérieux ou d’importance, j’avais eu beau l’étouffer, elle a fini par se manifester. Cet enthousiasme de me réveiller chaque matin pour une bonne raison, je l’ai trouvé dans la créativité, et ma vie depuis, s’est illuminée. 

Ce n’était pas pour défendre l’autre que j’avais souhaité faire du Droit mais bien pour pouvoir me défendre moi-même. Et avec le recul que j’ai aujourd’hui, la perspective de devenir salariée, ou même fonctionnaire, assise à décompter les heures, enfermée dans un bureau au vingt troisième étage d’un gratte ciel ne me fait plus du tout rêver. 

Est-ce à dire qu’il a été facile pour moi de découvrir enfin ma voie ? Celle d’écrire à ma guise, de m’exprimer librement, de partager. Celle de créer un monde magique qui avait sommeillé en mois des années durant et qui deviendrai enfin réel et palpable ? Non. Cette question existentielle m’a littéralement hantée. Sans doute car je ne pensais plus qu’à cela, sans laisser mon esprit s’exprimer alors qu’il l’avait tant demandé, pour enfin libérer une réponse aussi évidente qu’effrayante. Car oui, ce revirement allait faire des déçus, eux, qui avaient tant rêvé d’une avocate ou d’une magistrate. Peu importe d’ailleurs, tant que le prestige de sa fonction réussirai à redorer leur blason. 

De fait, pour des raisons diverses, je ne me suis pas écoutée. Je me suis murée, comme on dit. Passant sous silence des émotions depuis ma tendre enfance, celles-ci ont eu du mal à refaire surface. Et c’est en découvrant enfin le lâcher prise que je me suis enfin (re)trouvée. Et autant te dire que ça a pris du temps, beaucoup de temps. La réponse est apparue comme par magie, naturellement, en écrivant, alors que j’entendais à nouveau cette phrase si douce et sage du célèbre auteur Paulo Coelho affirmant : 

N’essaie pas d’être utile, 
essaie d’être toi et 
cela fait toute la différence



Là, je devais mener une autre bataille. Celle de trouver non pas qui je voulais être, mais ce que je voulais faire de ma vie. Écrire ? Raconter des histoires ? M’écouter ? Partager ? Rencontrer ? Et bien, aujourd’hui la réponse, je l’ai, c’est tout cela en même temps. C’est tout bête, mais souvent, on ne sait pas pourquoi, on ne trouve pas les bonnes réponses. On ne se doute pas, en réalité, que ce sont les mauvaises questions qui en sont les causes. Là encore faut-il les trouver, les bonnes questions. Mais je suis convaincue que c’est précisément en arrêtant de se murer et en écoutant notre moi intérieur, que notre esprit revient à nous et commence à nous rappeler notre histoire. 

Mais quelle histoire ? Tu sais, celles dont tu rêvais quand tu étais enfant, sans que rien ni personne ne te dise quoi faire ou non. Le monde magique si beau et libre que tu as su construire au delà des barrières des croyances limitantes, sans les c’est trop dur - t’as complètement perdu la tête ou encore tu n’es pas assez douée pour cela, tu ne réussiras jamais, cesses donc de perdre ton temps. Ton histoire d’avant, où l’impossible n’a pas de nom, là où tout est possible. Car ici seul réside tout l’intérêt de la magie de la vie. 



Loin d’être un article indiquant « Comment trouver sa voie » - qui fera sans doute l’objet d’un autre article - ce billet est une sorte d’épilogue faisant suite au dernier chapitre de ma vie d’antan. Mais il s’agit aussi et surtout du tout début d’une très belle histoire. Laissant la pâleur et l’obscurité pour une histoire belle, scintillante et pailletée. Pour une vie illuminée. 


Photos : Claude Schildknecht 



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